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    Number (N)ine

umber (Nine) appartient à une vague de créateurs japonais apparue après le vénérable trio des années 70/80 composé de Comme des Garçons / Issey Miyake / Yohji Yamamoto. Malheureusement, cet article est presque un hommage posthume à la jeune marque fondée en novembre 1996 à Tokyo et qui habillait les hommes depuis 13 ans seulement. La collection présentée à Paris en mars dernier sera sa dernière. Intitulée « A closed feeling », un titre qui prédisait déjà la fin de l'aventure, ce défilé magnifique a clôt en beauté l’histoire brève de Number (N)ine.

Le nom de la marque est un hommage à la chanson Revolution 9 des Beatles. Ce clin d’œil est révélateur de la grande passion pour la musique qui consume Takahiro Miyashita, le créateur. Grunge, country et rock’n roll rythment chacune de ses collections, et imprègnent les vêtements, jusqu’aux partitions musicales cachées dans la doublure des vêtements ; une marque discrète et supplémentaire de son amour pour la musique qui se dévoile au gré des mouvements.
Miyashita a lui-même fait partie d’un groupe dans lequel il chantait, The High Streets. Nombre de silhouettes de ses défilés sont inspirées par des artistes comme Johny Cash ou Kurt Cobain. Quant à la collection de l’été 2009, elle est inspirée par Brian Jones des Rolling Stones, mais les silhouettes vêtues de blanc avec chapeau melon et cils dessinés sous l’œil ont aussi des airs de Alex d’Orange Mécanique (Kubrick), rebelle par excellence, comme Miyashita, qui couvre parfois ses t-shirts de phrases comme « Rock’n'Roll Suicide », ou « Life is confusing ».

Que ce soit à travers la musique ou les icônes qu’il reviste, ses collections sont avant tout profondément marquées par l’Amérique. Chemises de bûcheron, gilets frangés de cowboys ou chapeaux, ce créateur japonais revisite les classique de la garde-robe des States. Pas étonnant, à 16 ans, Miyashita effectue un voyage aux Etats-Unis, et c’est le déclic. Sans finir ses études, il se lance alors comme assistant pour des magazines de mode. A cette époque, il arpente le quartier d’Harajuku pour observer les gens, et découpe tous les vêtements qu'il achète pour les refaire à sa façon.
C'est à Harajuku qu’ouvre sa première boutique, un an après la création de la marque en 1996. Le lieu se déplace plusieurs fois dans Harajuku, puis à Ebisu. A partir de 1998, les boutiques proposent quelques vêtements pour femme dérivés des collections hommes, mais il n'y aura jamais de défilés féminins.

La force du style de Number (N)ine est sa réappropriation de la mode de la rue, ce mélange entre la street culture des deux pays, le Japon et les Etats-Unis. La marque se caractérise aussi par le soin apporté à la coupe et aux matières. Plaid, flanelle, velours, ou maille tricotée en forme de toile d’araignée. Sans cesse, le créateur traite et maltraite les tissus ; effet bouilli de la laine, jeans et t-shirts troués et lacérés, ou décorés avec un soin extrême ; broderies, perles, franges. Miyashita est également le maître de la superposition sans fin et des accessoires, t-shirt sur un débardeur avec une veste, le tout orné d'écharpes ou de colliers, sans oublier bandanas et chapeaux. Pour les chaussures, il alterne entre sneakers et bottines lacées au cuir à l’effet vieilli. Parfois, il reprend aussi des éléments de la garde-robe féminine, comme les jupes à mi-chemin entre bermuda ou kilt, ou encore les nombreux colliers et bracelets dont il couvre ses mannequins.

A partir de 2000, la marque commence à organiser des défilés à Tokyo. Le premier s’appelle Redisun et joue surtout sur le contraste fort entre noir et blanc. Plusieurs collections défilent ainsi dans la capitale japonaise saison après saison. Ce parcours presque parfait connaît ensuite quelques bouleversements. En 2002, Hidenori Miura, un des co-fondateurs de Number (N)ine part fonder sa propre marque. Puis pour des raisons médicales, Miyashita fait une pause d’une saison après la collection automne/hiver 2002.

Cette période sombre se ressent à travers le style des vêtements et les tissus torturés qu'il utilise, mais n’empêche pas l'ascension de la marque vers le succès. Entre temps, Miyashita voyage régulièrement aux Etats-Unis à la recherche d’inspiration, notamment à Seattle ou Portland. D’ailleurs sa collection hiver 08/09 est inspirée par le Ace Hotel de Portland. Des couvertures typiques des hôtels américains étaient posées sur les sièges, invitant les spectateurs à s’en couvrir.
En 2003, c’est l’ouverture de la première boutique aux Etats-Unis. Comme à Tokyo, le choix de l’endroit était très important. Miyashita voulait que seuls les gens sachant où était la boutique puisse la trouver, c’est pourquoi il a changé de locaux plusieurs fois, optant pour des lieux aux façades discrètes, décorant l’endroit d’objets récupérés, un bric à brac de chandeliers, de bibelots et de vieux livres qui font que vu de l’extérieur, sa boutique ressemble plus à un antiquaire.
A partir de 2004, Number (N)ine entre dans la cour des grands et commence à défiler à Paris.
« En mode comme en musique,

mon travail parle de rébellion et

d'anti-conformisme. »

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A CLOSED FEELING
(Automne/Hiver 2009/2010)
Sa dernière collection lui a été inspirée par une chambre d’hôtel en Alaska. Enfermé dans la pièce, il a voulu retranscrire l’ « esthétique de la solitude ». Un soin incroyable a été apporté aux matières, et à travers les vestes de brocard ou de velours, on devine les rideaux, tapis ou papiers peints dont il a pu s’inspirer.
Bercés par la voix mélancolique de Jackson C. Frank, les mannequins s’avancent un livre sous le bras. Le titre de la chanson choisie, Milk and Honey, s’accorde merveilleusement avec les teintes douces des vêtements, et leurs couleurs miel et crème, lavande et pêche. ( vidéo : Pierre Debusschere )
 


Peu de temps après le défilé « A closed Feeling », Number (N)ine envoie une lettre à la presse qui commence par une citation empruntée à Benjamin Franklin, dernier hommage à l’Amérique :
« Quand vous n'évoluez plus, vous êtes finis »
La lettre s’achève ainsi :
« Ces dix dernières années, Number (N)ine a évolué, allant sans cesse de l'avant tout en développant une vision unique et puissante qui en a fait une des marques japonaises les plus influentes. »

Pourquoi mettre fin à une marque qui semblait connaître un si beau succès ? Raison de santé du créateur, conjoncture économique ? D’autres parlent aussi de la volonté de Miyashita de se lancer pleinement dans la musique. Peut-être un peu tout ça. En attendant les boutiques fermeront après la dernière collection, et une page se tourne, mais comme l’indique la lettre,
« [Miyashita] fait une pause et reviendra bientôt avec autre chose.  »

 
 
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