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 crédits photo : .ks.1. / MOMU
    Maison Martin Margiela (20) the exhibition
Dans la ville flamande d’Anvers, style, mode et vêtements sont omniprésents. Toutes les rues, sinueuses ou grandes artères, regorgent de boutiques, marques de luxe, friperies vintage, et enseignes de jeunes créateurs. Dans la Nationalestraat, vous trouverez le musée de la mode, le Momu. Aux rayons presse des librairies se bousculent des magazines mode et design du monde entier. N’oublions pas que la section mode de l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers est une des plus prestigieuses du monde, et plusieurs de ses étudiants sont aujourd’hui de grands noms de la planète mode. Une vraie vague de créateurs belges émerge dans les années 80. Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs, Walter Van Beirendonck, Martin Margiela. Autant de styles et de personnalités différentes, qui ont en commun cette énergie typiquement anversoise. Entre Véronique Branquihno et Raf Simons, la nouvelle génération semble à la hauteur de ses aînés. Depuis le 12 septembre, la Momu d’Anvers consacre une exposition à la Maison Martin Margiela. L’occasion d’en découvrir un peu plus sur les créations de cette maison de couture auréolée de mystère.

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Né dans la ville belge de Louvain en 1957, Martin Margiela sort diplômé de la section Mode de l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers en 1979. Après avoir été assistant de Jean-Paul Gaultier pendant trois ans, l’envie de créer ses propres vêtement le taraude. Il fonde la Maison Martin Margiela avec Jenny Mereins en 1988. En 2008, vingt ans après la création de la Maison, rien d‘étonnant à ce que la ville d’Anvers rende hommage au succès de son ancien élève, déjà sujet de nombreuses expositions à travers le monde.
MMM s’est toujours caractérisée par une volonté de discrétion. Margiela lui-même ne donne pas d’interview en son nom. Lors des défilés, d’ailleurs peu conventionnels, les mannequins sont rendus anonymes par un masque ou une bande noire sur les yeux. Les boutiques sont discrètes, sans grandes enseignes tape-à-l’œil, et l’étiquette sur les vêtements se résume à un simple rectangle blanc sur lequel on peut chercher longtemps le nom de « Martin Margiela ». A partir de 1997, des chiffres apparaissent sur l’étiquette blanche, indiquant à quelle collection le vêtement appartient. Sur les murs des boutiques, les vêtements, les coutures, le blanc est une constante. La blouse blanche est d’ailleurs l’uniforme de tous les employés de Maison Martin Margiela, soulignant l’absence de hiérarchie au sein de l’équipe. Le but est de ne retenir qu’une seule et unique chose : le vêtement.

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Construit, déconstruit, reconstruit, celui-ci passe par toutes les transformations possibles et imaginables entre les mains de cette Maison anticonformiste. Réinventer une veste en la retournant, fusionner plusieurs vêtements entre eux, transformer un gant en sac, tout cela est réalisé avec brio par des couturiers professionnels, ce qui évite le côté « bricolage » qu’aurait le résultat si on le faisait nous-mêmes. « Nous avons toujours aimé relever le défi de transformer des vêtements existants, tissus et objets, pour en faire des vêtements et des accessoires neufs », disent-ils.
Ils nous donnent à voir les vêtements sous un autre jour, y compris les grands classiques d’une garde-robe, comme les trench revisités que vous pourrez voir à l’exposition. Toujours en train d’expérimenter, d’explorer les possibilités de tout ce qui leur tombe sous la main. MMM joue également sur les proportions, comme ces vêtements de poupée Barbie transposés à échelle humaine, aux boutons énormes devenus disproportionnés. Proportions du corps aussi, pour une silhouette remodelée à leur guise. Les dernières collections féminines proposent des épaules très larges à la Goldorak, dont l’effet est obtenu grâce à un support en plastique posé sous les vêtements. Ce ne sont que quelques exemples des nombreuses facéties typiques de la Maison, comme leur idée d’un porte-clé déjà orné de clés n’ouvrant bien sûr aucune de vos portes.
Dans l’exposition, scénographiée par Bob Verhelst, chaque salle est consacrée à un grand thème, peinture, destruction, silhouette ou artisanat, et l’espace a été aménagé dans l’esprit de la Maison. On est proche d’une installation artistique. Comme sur leur site internet, réduit au strict minimum, on a l’impression d’être dans un endroit encore en travaux. Il y a des pots de peintures posés au sol, un éclairage tamisé, des chaises recouvertes d’un drap blanc. Une logique d’inachevé totalement assumée et voulue, prolongée dans certains vêtements eux-mêmes, comme ces vestes retournées sur lesquelles on voit encore les indications du patron. Ce thème se mêle à celui, aussi important, de l’intérieur du vêtement et de son processus de création. Dans le cadre de l’exposition, les vêtements sont présentés tour à tour sur des mannequins en plastiques, des cintres, ou accrochés aux murs. Certaines créations surprennent par leur ingéniosité, comme ce manteau fait d’une couette, ce portefeuille billet ou cette robe t-shirt en trompe-l’œil, sur laquelle est imprimée en noir et blanc une robe de soirée à sequins. D’autres laissent perplexe, comme ces chaussures à talon composées uniquement de semelles, sans rien pour fixer le pied. On reconnaît bien là l’humour des créations de MMM.

Même lorsqu’on connaît déjà la marque, l’avantage de l’exposition est aussi d’expliciter la démarche derrière les vêtements, notamment grâce au fascicule distribué à l’entrée. Margiela réfléchit et donne à réfléchir profondément sur le vêtement, sa fonction, son identité, sa pérennité.
Prenons par exemple ce chapeau ou ce t-shirt recouverts d’une couche de peinture blanche. Ce processus vise à rendre le passage du temps plus visible encore sur le vêtement. A force d’être porté, la peinture se craquèle, se fissure, disparaît de façon unique en fonction des activités de celui qui le porte. Et peu à peu, le vêtement original apparaît sous la couche de peinture, révélant à la fois sa singularité et son histoire.

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Un peu plus loin, assis dans des fauteuils recouverts d’un drap (blanc), vous pourrez regarder les défilés projetés sur les murs (blancs) d’une salle circulaire. Un espace est aussi consacré aux boutiques. Il y en a désormais un peu partout, de Paris, à Hong-Kong, preuve, s’il en fallait une, du succès du label.
Les pièces artisanales valent également le coup d’œil. Elles sont exposées dans une salle noire où les vitrines s’allument une à une, permettant de se concentrer sur chaque vêtement. Vestes en colliers, pantalon composé de dizaines de ceintures de cuir cousues ensemble, un vrai travail d’orfèvre. Le temps de travail pour les réaliser peut aller de 12 à 47 heures. On n’est donc guère surpris lorsqu’on apprend que certaines pièces ne sont créées qu’à 3 ou 5 exemplaires. Un gros classeur mis à disposition propose une sorte de fiche d’identité de plusieurs créations.

En sortant de l’exposition, vous aurez appris que les membres de l’équipe MMM sont de 16 nationalités différentes, mais vous n’en saurez guère plus sur eux. Comme toujours avec eux, cette exposition porte toute l’attention du visiteur sur les vêtements, et l’essence du style Maison Martin Margiela, qui déclare : « Nous ne voulons mettre en avant que notre mode ». Une mode pour briser les corps standardisés et normés, l’uniformité et l’ennui, grâce à des vêtements ludiques et inventifs.

MAISON MARTIN MARGIELA. (20) The exhibition :
Du 12 septembre 2008 au 8 février 2009.
ModeMuseum Provincie Antwerpen (Musée de la Mode de la Province d'Anvers) MoMu
Nationalestraat 28, Anvers

Site de MMM : http://www.maisonmartinmargiela.com/
Site de la MoMu : http://www.momu.be


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